L'attachement et l'empathie

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A l’occasion du 27e colloque, en septembre 2011, de la Fédération Française de Psychothérapie et de la Psychanalyse, voici le texte édité.

« Deux des plus grandes découvertes du XXème siècle en matière de connaissance de l’homme ont probablement été celles de l’importance de l’attachement par John Bowlby, dans les années 50, et celles, révolutionnant la psychothérapie par Carl R. Rogers en 1940. Ces découvertes sont aujourd’hui éclairées par celles du neurologue Giacomo Rizzalatti, en 1996 à l’Université de Parme, au sujet des « neurones miroirs ». Ces deux capacités (attachement et empathie) innées chez l’enfant jouent un rôle essentiel dans la création des liens sociaux.

Par l’attachement, qui est une nécessité vitale pour lui, le bébé venant au monde fait « la moitié du chemin vers ses parents » (Dr Cohen Solal). Le lien ainsi établi constituera en quelque sorte le prototype de ses futures relations sociales et les marquera profondément. Les relations harmonieuses ou problématiques qui s’établiront entre les enfants et leurs parents détermineront plus ou moins profondément leurs futures relations avec leurs semblables.

La capacité d’empathie est elle aussi fondamentale, car elle engage l’enfant à ressentir et reconnaître les émotions des autres. Elle lui permet ainsi de comprendre les effets que son propre comportement peut avoir sur eux.

Or depuis des millénaires, sans en avoir conscience, l’humanité affaiblit, voire détériore ces deux capacités innées, que nous avons en commun avec tous les animaux sociaux. La plupart des parents tiennent en effet pour anodines, tant elles sont banalisées, des pratiques de châtiments corporels dans leurs relations avec leurs enfants : il s’agit de la « violence éducative ordinaire ». En frappant et humiliant l’enfant, l’adulte introduit dans le processus d’attachement un élément de violence et de mépris qui pervertit ce lien fondamental et retentit inévitablement sur ses futures relations sociales. La capacité d’empathie peut elle aussi être gravement atteinte par le blindage émotionnel auquel l’enfant est obligé de recourir pour ne pas trop souffrir sous les coups physiques et les manifestations de mépris. Or, un enfant obligé de se couper de ses propres émotions pour éviter la souffrance, peut devenir insensible aux émotions des autres, jusqu’à leur faire subir les pires tortures sans états d’âme. Dans le travail thérapeutique, la compréhension empathique permet de restaurer pour un enfant ou un adulte, le contact avec son propre monde, son propre lieu d’évaluation interne et ainsi réapprendre à se faire confiance et confiance aux autres.

Quand la convention de l’UNESCO, adoptée le 16 novembre 1945, affirmait : « les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix », elle ne savait pas clairement que « les défenses de la paix » existent dans «  l’esprit des hommes » et des enfants sous la forme de capacités sociales innées. Il importe donc avant tout de les respecter et de développer par des pratiques éducatives humainement adaptées aux besoins vitaux de l’enfant. »

Je crois que plus on débattra sur ce sujet, plus l’information passera auprès du public, plus nous élevons nos consciences. Récemment, je regardais un documentaire sur une famille vivant d’un village reculé d’Ethiopie. Le père nous expliquait qu’il avait appris à lire avec les textes des Droits de l’Homme et celui des Droits de l’Enfant. Cela lui avait permis de faire un grand changement dans son comportement avec ses enfants car, disait-il, il avait pris conscience de son rôle de père et des conséquences de celui-ci sur le devenir de ses enfants. Et s’il s’était trompé avec sa fille aînée, il entendait faire différemment avec sa deuxième fille qu’il ne battait pas, qu’il n’avait pas mariée à l’âge  de douze ans, qu’il n’avait pas fait exciser et à qui il payait des études.

La plus part des parents ne connaissent pas ces découvertes récentes sur ces deux capacités innées (attachement et empathie) chez l’enfant, ni les conséquences futures qui résultent des comportements violents de la part de leurs parents. L’ignorance est la première cause de ces maltraitances, mais le comportement indifférent des adultes qui gravitent autour de l’enfant maltraité, ancre dans l’esprit de l’enfant que c’est un comportement normal. Sans le savoir, ces adultes deviennent complices du parent déviant.

Oser en parler, sans accuser, sans blâmer, juste exprimer son désaccord avec ces pratiques éducatives d’un autre âge, permet une prise de conscience dans l’esprit des hommes. C’est déjà agir pour la paix.

Autrefois, on considérait les enfants comme mauvais par nature. Il fallait les dresser pour les éduquer et les rendre  "meilleurs". Quel progrès quand aujourd'hui on nous parle de l'empathie de l'enfant dans le lien avec ses parents. On rejoint la théorie de Jung qui disait qu'on pouvait trouver l'altruisme au fond de notre être, après avoir travaillé sur son ombre, que chacun possédait cette capacité cachée au fond de lui. L'idée que l'être humain est fondamentalement bon, émerge enfin. Ce sont les conditions de vie de chaque individu qui pousse l'humain à créer des mécanismes de défenses, des automatismes. Tout n'est pas perdu, nous pouvons changer ces méthodes.  

Chaleureuses pensées

Chantal

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