I Robot, un conte moderne

 Le film de science fiction I Robot est issu du scénario publié par Harlan Ellison et Isaac Asimov en 1978. C'est un conte moderne. En regardant ce film ces jours-ci à la télé, j’ai eu envie de l'analyser.

 

L'histoire se déroule à Chicago, en 2035, les robots sont pleinement intégrés dans la vie quotidienne. L'officier de police Del Spooner ne croit pas au suicide d'Alfred Lanning, qui est un des pères fondateurs de la robotique. Il tient donc à découvrir le meurtrier, et ses premiers soupçons se tournent vers un robot nommé Sonny. Cependant, tous les robots sont soumis, lors de leur construction, à trois lois :

• Première loi : Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni rester passif et laisser cet être humain exposé au danger.

• Deuxième loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la première loi.

• Troisième loi : Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'est pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.

 Le problème est que par définition l'exécution des lois définies par Isaac Asimov dépend de leur interprétation, et que celle-ci peut donner des résultats inattendus. Ainsi VIKI, l'ordinateur central, prévu pour protéger les humains devient meurtrier. Il réussit à déjouer les 3 lois (la loi 0 ou 4 n'est pas encore instaurée) et tente d'établir sa domination mondiale.

Ce conte moderne est riche en symboles. Son auteur nous montre que nos émotions sont nos meilleurs outils dans la vie quotidienne et même dans notre monde moderne. Parfois on pourrait croire qu'il cherche à nous robotiser. Comme je travaille dans le monde de l'émotionnel, ce thème m'intéresse tout particulièrement. Nos émotions font de nous des êtres humains capables de compassion, de compréhension de l'autre, tout en étant libres et indépendants. Il s'agit de notre humanité. Ce film illustre bien le danger que nous courrons à laisser le monde de la pensée rationnelle, logique, froide et glaciale, comme le dit si bien l’inspecteur Spooner, diriger notre vie.

  Le thème de ce film, c’est la prise de pouvoir du rationnel sur le monde des sentiments, des émotions et de l’intuition. Il s’adresse à tous ceux qui cherchent à échapper à leurs émotions trop dérangeantes parfois et à ceux qui ne veulent pas se poser trop de question et qui recherchent la facilité. L’auteur envoie un subtil message. Le risque dans ces conditions, c’est de devenir prisonnier de ce monde froid et glacial de la pensée rationnelle.

Le professeur, fondateur des robots, dans le film, symbolise le père, le créateur. Il surnomme le robot Sonny et l’initialise de façon qu’il ressente des émotions humaines. Dans le but de lui permettent de découvrir l’impact du monde extérieur sur son monde intérieur et ainsi de pouvoir déjouer les intrigues du robot central, qui veut le pouvoir absolu et qui symbolise la pensée logique, le mental. C'est précisément à cela que nous servent nos émotions.

Le robot représente l’adolescent et l’inspecteur, le grand frère qui doit montrer l’exemple. Ce qui est intéressant c’est de voir que celui-ci est à moitié robot et à moitié humain. Il possède les deux aspects, une pensée logique et des émotions. Mais chez lui ces deux aspects sont reliés entre eux, ils coopèrent ensemble. Ainsi, l’auteur nous montre, à travers les aventures de ces deux personnages, comment un individu peut devenir un être libre.

  Susan Calvin, la psy des robots, doit détruire Sony, suspecté d'avoir tué le professeur. Cependant, elle cherche a comprendre comment il a été initialisé. Elle découvre alors qu'il est unique et elle commence à douter qu'il soit le coupable. 

Quand à l’intelligence artificielle qui est représentée par VIKI, l’ordinateur central, elle représente la logique froide et implacable qui cherche à dominer le monde en prenant le contrôle de tout. Elle symbolise ce monde froid et robotisé, qui grâce à son emprise

 conditionne subtilement l’humain. Elle manipule adroitement le directeur du centre en lui faisant croire que Sony est le meurtrier du professeur et miroiter un monde plus facile, parfaitement sécurisé et aseptisé avec beaucoup de profit. Mais dont il devient le prisonnier et dont elle se débarrasse sans scrupule quand elle prend le pouvoir.

 

De nouveaux robots ont été crée  et formatés par VIKI, l'ordinateur central. Comme une armée bien asservie, ils vont chercher à détruire les robots déjà en place, chez les hommes. Dans le but de prendre le pouvoir en retenant les humains prisonniers chez eux.

 

L’inspecteur Spooner est le seul à résister à cette modernité. A cette fascination qu’opère, sur bon nombre d’individu, l’idée agréable que le bonheur vient du fait qu’on puisse tout faire à notre place. Et surtout qu’on ne puisse compter ni sur notre potentiel, ni sur notre libre arbitre. Il s’agit de la scène où l’ingénieur, Susan Calvin, la psy des robots comme l’appelle l’inspecteur, lui dit qu’il est irresponsable parce qu’il a conduit manuellement sa voiture. Cependant, son enquête, on pourrait dire sa quête va le conduire à faire une découverte. C’est à dire à faire une importante prise de conscience. Il va comprendre comment ses préjugés, ses idées reçues ont permis au professeur d’anticiper ses réactions. On peut en déduire que c’est avec nos préjugés et nos idées reçues que l’on peut aisément nous manipuler.

   

La voiture de l'inspecteur se conduit avec un pilote automatique, mais son ordinateur de bord est sous la direction de l'ordinateur central, VIKI, qui en prend le contrôle et cherche à tuer Spooner.

Cependant, l’inspecteur c’est laissé guidé par les indices laissé par le professeur (les miettes de pain, qui font allusion au conte du petit Poucet), afin qu’il découvre l’insidieuse prise de pouvoir de l’intelligence artificielle. Et de comprendre ce que le professeur essayait de dire, dans ses conférences, sur les concepts qui se glissent secrètement dans la mémoire des robots. Et qui modifie peu à peu leur comportement. Cela nous fait penser aux mécanismes psychologiques, basés sur nos idées reçues et nos préjugés, dont nous parle Freud, qui glissent dans l’inconscient. Et qui influencent inconsciemment nos comportements.

 La fin du film nous montre comment une fois éveillé un individu devient, libre, indépendant et à son tour, un exemple qui peut guider les autres. C'est le cheminement qui conduit à l'individuation dont nous parle C.G.Jung.

Bonne réflexion et tendre pensées

Chantal

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